Attaque au couteau à la Préfecture de Police de Paris - 3 octobre 2019

Bastian

Jedi Council Member
Tuerie à la préfecture : « Comment cette personne a-t-elle pu échapper aux écrans radars ? »
Pour le député LR Éric Diard, coauteur d’un récent rapport d’information sur la radicalisation dans les services publics, ce drame révèle de nombreuses failles.
Par Caroline Piquet
Le 5 octobre 2019 à 19h49
La tuerie à la préfecture de police de Paris a plongé cette prestigieuse institution dans la tourmente. Jeudi, Mickaël Harpon, un agent administratif employé comme informaticien à la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), a massacré quatre fonctionnaires, trois hommes et une femme, avant d'être abattu. Ce samedi, le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a esquissé le portrait d'un tueur à la « vision radicale de l'islam », en contact avec la mouvance « salafiste », qui avait vraisemblablement prémédité son acte. Face à la radicalisation, l'institution policière a-t-elle pris toutes les mesures? Éléments de réponse, avec le député LR Éric Diard, coauteur d'un récent rapport d'information sur la radicalisation dans les services publics.
Comment une personne vraisemblablement radicalisée a-t-elle pu se retrouver ainsi en poste dans une administration aussi sensible ?
ERIC DIARD. C'est la question qui me taraude essentiellement. Cette personne occupait un poste habilité secret-défense, qui impose un contrôle tous les cinq ans par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), avec l'IGPN [la police des polices]. Comment cette personne a-t-elle pu échapper aux écrans radars, sachant qu'elle aurait fait l'apologie de l'attentat de Charlie Hebdo ? C'est sidérant. Son habilitation défense aurait dû être retirée. J'ai vu, dans le cadre du rapport, des policiers déplacés dans des postes moins stratégiques pour de simples atteintes à la laïcité.
Cet homme n'aurait jamais dû rester affecté à un poste aussi sensible que le renseignement de la préfecture de police. Cela me paraît inconcevable sachant, qu'il était informaticien. Il pouvait accéder à toutes les informations relatives au renseignement : les affaires, les personnes qui sont suivies, le type d'enquête, les adresses des policiers, etc. Si cette personne a eu tous ces éléments en sa possession, les a-t-elle divulgués, et à qui ? Je peux vous dire que la DGSI est aujourd'hui dans tous ses états. Il y a eu un dysfonctionnement majeur du renseignement français. Je pense qu'il va falloir revoir l'organisation du renseignement, qui me paraît trop complexe.
Vous demandez une commission d'enquête parlementaire. Pourquoi ?
Nous ne voulons pas nous substituer au juge, loin de là. Mais c'est le rôle des députés de savoir comment cette personne a pu se radicaliser. S'est-elle radicalisée sur les réseaux sociaux, auprès de son entourage, ou d'un imam ou d'une mosquée fondamentaliste ? Autre question : comment a-t-elle pu être maintenue à ce poste tout en ayant fait l'apologie du terrorisme ? Et troisièmement, cette personne détenait des renseignements ultrasensibles : qu'en a-t-elle fait et les a-t-elle divulgués ? Ces trois questions doivent être soumises à une commission d'enquête.
Combien de policier et de gendarmes sont-ils suivis pour radicalisation ?
Une trentaine de cas de radicalisation sont soupçonnés dans la police et la gendarmerie sur 150 000 policiers et 130 000 gendarmes au total. Du côté des 43 000 agents de la préfecture de police de Paris, Michel Delpuech [le précédent préfet, NDLR] avait recensé à l'époque une quinzaine de signalements : une dizaine pour des suspicions de comportement radicalisé, et quatre ou cinq autres pour des fonctionnaires en contact avec des milieux radicalisés.
Pourquoi l'armée est-elle moins touchée que par la police nationale ?
Il est vrai que l'armée est relativement épargnée par le phénomène. Dans la marine, le seul cas de radicalisation ayant conduit à affecter une personne à un poste concernait l'ultra-droite. La proportion de radicalisation dans l'armée de terre est évaluée à 0,05 % des effectifs. L'armée, c'est un système très confiné, où l'on vit souvent ensemble, en caserne. Le renseignement remonte très vite. Et en plus, c'est un système de contractualisation dans l'armée ou la gendarmerie. On peut plus facilement évincer les personnes.
Dans la police, en revanche, on est dans le droit du travail. Il faut des faits pour se séparer d'un individu. Il y a des cas minimes d'agents radicalisés qui ont été révoqués, avant d'être réintégrés par le juge administratif. Dans nos préconisations, nous évoquons le problème, lors des contentieux relatifs aux refus d'agrément ou aux sanctions disciplinaires, des « notes blanches », qui ne sont parfois pas versées aux débats parce que les renseignements veulent protéger leurs sources, en raison du principe du contradictoire [qui exige que les pièces fournies à la juridiction soient également communiquées à la partie adverse, NDLR]. Au risque de fragiliser la procédure. Il faut donc réfléchir à la possibilité d'introduire dans la procédure une forme de contradictoire dit « asymétrique », consistant à donner au juge, mais pas au requérant, accès à certaines notes confidentielles des services de renseignement. Ce qui suppose que le magistrat soit habilité au secret-défense.
 

Bastian

Jedi Council Member
L’attaque à la préfecture de police va-t-elle éteindre la colère des policiers ?
  • Publié le : samedi 5 octobre

Le procureur antiterroriste Jean-François Ricard a donné une conférence de presse très précise, très factuelle, ce samedi 5 octobre 2019 à 16 heures. Il a déclaré que l’auteur de l’attaque « adhérait à une vision radicale de l’islam » et était en contact avec des individus de la « mouvance islamiste salafiste ».

L’Express résume le propos :
« Les premières investigations ont relevé son “approbation de certaines exactions commises au nom de cette religion”, son “souhait de ne plus avoir certains contacts avec des femmes”, “sa justification” des attentats de Charlie Hebdo en 2015 ou encore “son changement d’habitude vestimentaire depuis quelques mois”. [...]
Dans la matinée, il aurait échangé 33 SMS entre 11 h 11 et 11 h 50 avec son épouse – dont la garde à vue a été prolongée. Des messages à connotation clairement religieuse comme “Allahou akbar”. Son téléphone a aussi révélé des contacts avec des personnes soupçonnées d’être en lien avec la mouvance salafiste. »



« Des messages à connotation clairement religieuse comme “Allahou akbar” »
Le lendemain de la grande manifestation des policiers à Paris (24 000 à 27 000 personnes dans la rue pour la « marche de la colère »), un fonctionnaire du renseignement s’attaquait à ses collègues au cœur même de la préfecture de police. Après le choc et les atermoiements du pouvoir, les questions.
Et d’abord, celle que les représentants du système politico-médiatique ne (se) posent pas : s’agit-il d’un hasard tragique ou la colère des policiers contre leur hiérarchie et éventuellement le gouvernement a-t-elle été détournée à dessein vers le terrorisme islamiste, cet ennemi invisible qui suscite à la fois la psychose et l’union sacrée ?

INFO BFMTV. Attaque à la préfecture : un témoin entendu hier sous X a affirmé aux enquêteurs que la hiérarchie était au courant du comportement troublant de l'assaillant. Un seul témoin sur une trentaine d'auditions déjà menées mais il est jugé crédible.
— Sarah-Lou Cohen (@sarahloucohen) October 5, 2019
Le ministre de l’Intérieur, après avoir en premier lieu évacué la piste terroriste, en disant notamment que le suspect n’avait « jamais présenté le moindre signe d’alerte », s’est mis dans un sale pétrin.

Au regard de toutes les informations que nous avons désormais, revoir cette interview du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner qui affirme que "cet individu n'a jamais "présenté de difficulté comportementale, ni le moindre signe 'alerte".#Prefecturedepolice pic.twitter.com/rUGXnDhsW4
— Noémie Halioua (@NaomiHalll) October 5, 2019
Le Parisien, journal pourtant très lié à l’institution policère, affirme que les « premiers indices » de radicalisation « étaient connus très tôt par l’administration » : en 2015, il aurait dit de l’attentat de Charlie Hebdo que « c’est bien fait ».
Alors soit le ministre a menti, soit il est mal renseigné par le biais de sa propre échelle de commandement. Pour cette ou ces raisons, la droite se déchaîne et demande sa tête.

La question de la présence de @CCastaner au gouvernement se pose !
Soit il savait et c’est un scandale d’État, soit il ne savait pas et cela démontre son incompétence totale.
Quel français peut penser que le ministère de l’Intérieur assure sa protection avec Castaner à sa tête ? pic.twitter.com/H1C4uA9OWy
— Eric Ciotti (@ECiotti) October 5, 2019
Le Ministre @CCastaner doit démissionner ! Il a menti aux Français sur le profil de l’auteur de l'#AttentatPrefecture, cachant alors une faille majeure de sécurité : l'islamisme s’est infiltré au plus haut sommet de nos institutions ! #CastanerDemissionNicolas Dupont-Aignan et Debout La France demandent la démission de Christophe Castaner
— N. Dupont-Aignan (@dupontaignan) October 5, 2019
Tous ou presque réclament, sinon la tête du ministre, du moins une commission d’enquête. On ne voit pas comment Castaner, qui était déjà très affaibli par la politique gouvernementale de répression et par un amateurisme rarement atteint à ce niveau de responsabilité, pourra se sortir sans dégâts de cette dramatique affaire.
Que la Macronie ait été piégée ou pas par cet événement meurtrier qui a surgi au cœur de l’institution le lendemain de la manifestation des policiers en colère, il reste à comprendre si la quasi simultanéité des deux événements est le fait du hasard ou d’un calcul. De la même façon, l’incendie de Notre-Dame de Paris le premier jour de la Semaine sainte interroge encore. Les coïncidences se multiplient depuis des années, on pense à ces attentats qui chevauchent des phrases électorales critiques et qui semblent agir comme des « basculeurs » d’opinion. En l’occurrence, pour le drame du 3 octobre 2019, il s’agit de l’opinion de la base de la police.
Si un exalté peut certes passer à l’action à tout moment, sans rapport direct ou indirect avec une ingénierie sociale élaborée, il se trouve que celui qui nous intéresse a servi sans le savoir une tendance du pouvoir profond, celle qui islamise les problèmes de notre pays.

Si l’attaque de la préfecture n’éteint pas la colère des policiers, peut-elle la détourner ?
(Underline is mine. Le soulignage est de mon fait.)
 
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